Les études de dendrochronologie (forages dans la charpente) et de mortiers menées de 2006 à 2008 par Béatrice Szepertyski (Laboratoire LAE de Bordeaux) ont confirmé que la Fresnaye est le manoir le plus ancien du Grand Perche.

Alors que la plupart des autres sont d’un seul jet (fin XVème ou XVIème siècle), la Fresnaye est l’œuvre d’une longue succession de bâtisseurs, à l’histoire mouvementée. Cet ouvrage fondamentalement médiéval a reçu des ajouts sous Henri IV. Une bonne partie est ensuite tombée en ruines.

 

Le Moyen Age    

Au début du XIVème siècle (règne de Philippe le Bel), la terre de la Fresnaye, alors nommée les Bergeries, appartient aux seigneurs de Blandé, des vassaux de ceux de Bellême. Blandé existe toujours : c’est le lieudit, sur la petite route, d’où part aujourd’hui le chemin d’accès au manoir.

Pour affirmer leur importance féodale, les seigneurs de Blandé, qui n’étaient pas fortifiés, construisent vers 1310 un  logis carré sur une hauteur d’où le regard embrasse la vallée de la Même. Cet ouvrage comprend des caves, un rez-de-chaussée, un étage. Il est pourvu de créneaux et de mâchicoulis. Il n’a pas de tours, car il est lui-même une tour. Mais peut-être un ou deux des quatre angles sont-ils défendus par des échauguettes.

La guerre de Cent Ans est déclenchée en 1338. Elle commence mal pour la France. Aussi les seigneurs de Blandé flanquent-ils leur logis d’un donjon beaucoup plus important. Ils ne se doutent pas que l’épaisseur de leur muraille (1,25 m à la base) sera insuffisante contre l’artillerie. Le toit est en terrasse. L’angle ouest du logis est garni d’une échauguette (celle dont on voit encore le pied).

Faute d’archives, on ne sait pas exactement ce qui s’est passé durant la dernière partie de la guerre de Cent Ans. Deux faits sont certains : Bellême (à 13 km de là) était l’une des principales places-fortes anglaises en France, et les Anglais ont détruit presque tous les autres manoirs de la région. Pourquoi ont-ils épargné la Fresnaye ? Sans doute parce qu’ils y demeuraient. Elle leur a vraisemblablement  servi, pendant une trentaine d’années (1417 -1449 ?) d’échelon avancé face à La Ferté-Bernard, restée entre les mains des Français.

 

La première Renaissance

Les Saint-Berthevin sont devenus, par mariage, seigneurs de Saint-Germain de la Coudre et de la Fresnaye. A la fin de la guerre, ils récupèrent leur bien, font des réparations, ouvrent de grandes fenêtres Renaissance dans la maçonnerie du donjon. Celui-ci est couvert de l’actuel toit en forme de pavillon. De même sans doute pour le logis.

Des partages ayant eu lieu, la Fresnaye échoit à des cadets. Leur héritière, Mathurine de Saint-Berthevin, possède la forteresse, mais n’a guère de terres autour. Elle épouse un cadet désargenté, Mathurin de Fontenay, vers 1577.

 

L'apogée de la Fresnaye : règne d'Henry IV et début de Louis XIII   

Ayant soutenu Henri IV, la famille de Fontenay (plusieurs frères et cousins) devient la première du Perche. Mathurin et son fils se lancent dans de grandes dépenses :

          + ils plaquent contre le donjon une galerie Renaissance richement sculptée, à deux niveaux (celui du haut, de style ionique, a été abattu parce qu’il menaçait de s’écrouler) ;

           + ils remplacent les deux escaliers intérieurs ;

           + ils mettent en place des cheminées monumentales ;

           + ils construisent, aux angles sud du logis, deux tours qui sont des pastiches du Moyen Age ; elles ne pourraient bien sûr résister aux canons.

A cette époque, on peut dire que la Fresnaye est un château plus qu’un manoir.  

 

La décadence

Mais la situation financière des seigneurs est fragile. François II de Fontenay se querelle avec sa mère, à la fois pour des questions d’intérêt et pour des raisons religieuses : elle est bonne catholique, il est sympathisant protestant et a épousé une protestante. Un procès de trente-huit ans contre des religieuses en résulte. François II n’en voit pas la fin, il est assassiné et sa jeune veuve meurt de chagrin. Ruinés (1669), leurs enfants rachètent la Fresnaye à la barre du tribunal en s’endettant jusqu’au cou. Depuis le début du procès, aucun entretien n’a eu lieu. Le toit et les planchers du logis s’écroulent vers 1700 ; il sera transformé en basse-cour. En 1748, le dernier héritier vend le manoir à un nouveau riche qui se garde d’y résider et y met des fermiers, pour plus de deux cents ans. 

Sous Louis-Philippe et Napoléon III, le donjon est sauvé de la ruine mais décapité. Son pavillon est remonté plus bas et complété par le grand pan de toit qui remplace l’étage de la galerie Renaissance. La tour sud s’effondre. La Fresnaye reste une ferme jusque vers 1950 et sert ensuite à loger des ouvriers agricoles, dans des conditions difficiles.  

 

La restauration

En 1977, la Fresnaye est vendue à un sociologue parisien, qui y travaille de ses mains. Le relais est pris en 1994 par le propriétaire actuel. Au total, la restauration aura duré trente ans. L’ancienne salle d’honneur du logis, tombée en ruine, restera un jardin, pour préserver le charme du lieu.

Reste à assurer l’entretien annuel - y compris celui des ruines - et à effectuer d’importants travaux dans les communs.