A l’arrivée, vue panoramique sur l’extrême sud du Grand Perche (vallée de la Même).

Comptez 40 minutes pour une bonne visite. La Fresnaye est triplement originale : par le plan de son donjon, par certains détails et par le fait qu’une partie reste volontairement en ruines. 

En entrant, vous voyez sur la gauche deux tours qui ont été construites sous Henri IV dans un style médiéval, et droit devant vous le donjon qui date du début de la guerre de Cent Ans. Il était plus haut qu’aujourd’hui, d’un bon étage. Il a été décapité sous Louis-Philippe pour cause de mauvais état ; son toit (« pavillon ») a été démonté et remonté plus bas, à son niveau actuel.  

 

Visite du donjon

Gravissez les marches du perron. Vous pénétrez dans la galerie Henri IV, plaquée contre le donjon, et dont l’étage a été sacrifié lui aussi. Au fond de la galerie sont disposées des pierres récupérées, dont des caissons percés d’un orifice pour les tirs au mousquet ; on s’en est servi sous Louis XIII afin d’obturer des fenêtres et de dissuader les brigands.

Pénétrez dans le donjon par la porte à votre droite sous la galerie. Là, vous êtes accueilli, et muni d’une feuille de route (la visite est pour partie guidée, pour partie libre). Dans le vestibule, une herse coulisse comme autrefois. Sa partie mobile a été restaurée, mais sa partie fixe date du Moyen Age. C’est semble-t-il la seule herse en France à fonctionner encore. C’est aussi la seule horizontale. Pourquoi ? Sans doute parce que le constructeur n’a pas voulu affaiblir la voûte en la cisaillant.  

Entrez dans la salle à manger, pièce carrée inscrite dans un cercle. On retrouve ce dispositif de la cave au sommet. En effet, le donjon est un parallélépipède inséré dans un cylindre (ou, si vous préférez, une tour carrée insérée dans une tour ronde). Entre ces deux volumes se trouvent des espaces en forme de demi-lune. Originalité de la Fresnaye : ces demi-lunes sont creuses (et néanmoins solides grâce à l’effet de voûte), alors que dans les autres constructions médiévales du même type elles sont pleines (de maçonnerie). C’est l’œuvre d’un architecte pionnier, inconnu, qui travaillait au début de la guerre de Cent Ans. Il a voulu récupérer ces volumes pour l’habitation (vestibule, chambre, etc.) et pour la défense. Il n’a pas eu de disciples.

La cheminée date d’Henri IV, comme presque toutes celles de la Fresnaye.  Remarquez le bandeau sculpté du centre, d’un style inhabituel – sans doute la libre expression d’un artiste local. Dans l’une des demi-lunes attenantes, vous pouvez constater que le mur extérieur a plus d’un mètre d’épaisseur.

Vous montez ensuite l’escalier du donjon, un ouvrage du temps d’Henri IV qui a remplacé des marches plus anciennes. Il est construit  en calcaire dur de Bellême, et présente une particularité par rapport aux escaliers en spirale de la Renaissance que l’on voit d’habitude : il n’a pas d’axe vertical. Les spécialistes parlent d’escalier suspendu ou d’escalier à noyau évidé.

Le premier étage du donjon est privé. En arrivant au second étage, vous découvrez, dans la cage de l’escalier, deux dents de mâchicoulis tournées vers l’intérieur alors que normalement elles sont orientées vers l’extérieur pour ébouillanter les ennemis. Encore une particularité de la Fresnaye ! Il s’agit d’un reste du logis, la partie la plus ancienne du manoir. En construisant le donjon contre le logis, on a englobé un angle de celui-ci.

Entrez dans la salle d’exposition. L’histoire du manoir, inscrite dans celle du Perche, est racontée en commençant par votre gauche. La charpente au-dessus de vous date de 1501 (règne de Louis XII). Comme nous l’avons dit, elle se situait plus haut ; elle a été abaissée de deux ou trois mètres.


Visite de l’arrière du manoir    

Ressortez du manoir par où vous êtes venu, et contournez le donjon par la gauche. Le fossé a été comblé, planté d’hortensias. Des soupiraux des caves, on pouvait, sous Henri IV-Louis XIII, tirer dans les jambes des arrivants. Remarquez deux anciennes meurtrières pour tir à l’arc, repercées pour le tir à l’arquebuse.

L’arrière du donjon a été coupé sous Louis-Philippe, en raison de son mauvais état, et cette opération a fait apparaître une des faces du parallélépipède d’origine.

De là, autre vue panoramique sur l’extrême sud du Grand Perche.

Un peu plus loin, deux petits bâtiments ruraux (une ancienne écurie et une ancienne grange), collés au manoir. Ils ont été construits au XIXème siècle, avec des pierres récupérées du donjon, mais leur style traditionnel n’a pas d’âge et s’harmonise donc avec le reste. Contre l’un d’eux, une colonne n’est autre que le pied d’une échauguette disparue.

Le fond de l’ancienne écurie est la façade arrière du logis du début du XIVème siècle. Une partie a été taillée pour faire passer une pièce de charpente Napoléon III.

 

Visite du logis

Vous entrez dans le logis par le premier étage. L’escalier « à la française » tourne à angle droit à chaque palier. Il diffère beaucoup de l’escalier en spirale du donjon mais est de la même époque (Henri IV ou Louis XIII).

Vous descendez au jardin intérieur, ancienne salle d’honneur du logis, dont le plafond s’est écroulé faute d’entretien dès la fin du règne de Louis XIV. De là, vous voyez les faces arrière des deux tours d’angle, ajoutées au logis sous Henri IV. La passerelle est récente ; on n’en avait pas besoin tant qu’existait le plancher du premier étage, car il permettait d’entrer de plain-pied dans ces deux tours. Vous voyez aussi, dans le mur qui relie ces tours, et qui a perdu une bonne moitié de sa hauteur, l’emplacement des caissons qui permettaient de tirer sur les brigands.  

Du jardin intérieur, vous regagnez directement le parc à voitures.